C’est 10 ans après son installation qu’Alain s’est posé les premières questions sur son système. Une certaine conscience environnementale s’est installée en lui et a perturbé sa vision et son système de production.

En 2006, Alain s’engage dans une démarche de diagnostic changement de système avec un groupe de neuf agriculteurs. Accompagné par la fédération régionale des CIVAM de Basse Normandie, cet agriculteur de Pointel analyse son système d’exploitation, puis élabore des pistes d’évolution. Grâce aux références techniques et économiques du réseau, les propositions sont évaluées pour garantir la rentabilité et pour améliorer l’efficacité économique, tout en préservant les ressources et en optimisant le lien au sol.

 Pour Alain, la piste de l’augmentation de l’herbe pâturée s’avère être celle qui répondait le plus à ses attentes.

A cette période, le système était basé sur une part importante de maïs avec des cultures, vendues ou autoconsommées.

 « Ceci m’a persuadé de faire un échange à l’amiable »

 Pour s’orienter vers un système pâturant, Alain a donc convaincu son voisin à faire un échange de parcelle pour agrandir la surface accessible aux vaches laitières. Ceci lui a permis d’aménager des parcours pour améliorer les conditions de pâture. Le début de la réorientation de son système a donc commencé par l’aménagement des clôtures et des abords.

En 2005, les prairies représentaient 41 % de la surface totale

assol_2005En plusieurs années, la surface d’herbe a augmenté, au dépend de la surface en maïs et en céréales. Auparavant, Alain cherchait déjà l’autonomie par la culture du pois sur 9 hectares. Mais avant tout, Alain pense que l’autonomie doit se faire par la production de fourrages plus équilibrés. La diminution de la part de maïs, qui est le plus difficile à corriger, permet donc de s’affranchir de la production de protéagineux.

Aujourd’hui : « Les prairies, une source importante de protéines »

Chez Alain, le passage vers une production à base d’herbe se concrétise par la diminution des achats d’engrais, de concentrés… Le système est assez autonome et économe aujourd’hui. En juin 2010, Alain réalise un diagnostic protéines avec le réseau InPACT de Basse Normandie. Ses achats de 10 tonnes de tourteau de colza tanné représentent une faible partie des protéines destinées à l’alimentation du troupeau laitier et des 20 taurillons.

assol_2009

originecereales

Le diagnostic protéines met en relation les apports en protéines, qu'elles soient issues du sols ou bien qu'elles soient fournies par les achats.

Lors de ce diagnostic, il a été mis en lumière que l'évolution du système a permis d'optimiser l'autonomie en protéines car 95 % sont produites sur l'exploitation, par les fourrages ou bien par les céréales. L'herbe contribue à cette autonomie car elle apporte 59 % des protéines. 5 % des protéines sont apportées par les 10 tonnes de tourteau de colza tanné et par un complément pour les veaux.

besapp

« Ne pas remettre en cause la rentabilité de l’exploitation »

Aller vers un système herbe, oui, mais pas en compromettant l'efficacité économique.

Le coût alimentaire est un des éléments prépondérants pour observer l'efficacité économique du système laitier.

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En quatre ans, le coût alimentaire a fortement diminué, passant de 114 € à 68 € pour 1 000 litres vendus. L'optimisation du pâturage, la conduite économe des cultures et des prairies a permis de diminuer les coûts de production. La part de prairies grandissante a largement contribué à ces économies.


L'évolution prise en compte lors du diagnostic changement de système permet de vendre encore des céréales et des taurillons.


2005

2009

Nombre d'UGB présents

91

97

Quantité de concentrés achetés

36 tonnes

17 tonnes

soit par UGB

1 385 Kg

217 Kg

Céréales autoconsommées

90 tonnes

65 tonnes

surface correspondante

12,7 ha

10,1 ha

Coût alimentaire par 1000 litres

114 €

68 €

Chargement (UGB/ha de SFP)

1,64

1,45

« Des taurillons à l’herbe »

Sur la ferme, 20 taurillons sont vendus par an, et ceux-ci ne goûtent pas au maïs. Hormis des concentrés destinés aux veaux qu'ils mangent lors des premiers mois, l'engraissement se fait à partir des produits de la ferme. Ils mangent de l'enrubannge, suffisamment riche en protéines avec des céréales, qui apportent l'énergie, produites sur la ferme.

« Avant, j'avais 70 ha de cultures, et maintenant, je vais avoir 70 ha d'herbe »

Après un projet murement réfléchi, Alain a fait évolué son système vers plus d'herbe. Les prairies sont une source de protéines très intéressantes et à bon marché, comme l'atteste ce graphique sur ses coûts de production du kg de matière azoté totale (MAT) et de la tonne de fourrage (TMS)

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La luzerne a un rôle important, que ce soit dans l'alimentation des animaux ou dans la rotation des cultures. Bon apport protéique, la luzerne est complémentée par du maïs et des céréales pour apporter l'énergie nécessaire. Dans la rotation, c'est une légumineuse, donc un bon précédent pour la réduction des apports d'azote. De plus, ses racines profondes décompactent le sol.

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L'exploitation d'Alain reste en évolution. La conduite économe des cultures est un enjeu fort pour l'exploitation, ainsi que le maintien d'une agriculture autonome et économe. La construction d'un séchoir en grange et la conversion à la bio sont aujourd'hui dans les projets à moyen terme.